Un MOU (Memorandum Of Understanding, le document spécifiant l'accord bilatéral) a été signé en 2009 entre AREVA et NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Limited) pour la construction de 6 EPR. Le premier contrat portant sur 2 EPR doit être finalisé début 2011.
Le prix actuellement négocié par NPCIL est de 2,7 milliards d'euros par réacteur, soit 2 EPR pour 5,4 milliards d'euros ce qui n'est même pas le coût d'un seul EPR en Finlande (€ 5,7Mds)
La centrale de Jaïtapur sera financée à 70% en dette et à 30% en fonds propres. Les banques occidentales consultées pour une partie du prêt sont : le Crédit Agricole, la Société Générale, la BNP et HSBC. Les discussions sont en cours au niveau ministériel pour l'attribution d'une garantie d'état française par la Coface.
La construction doit commencer à 2012 pour une mise en service 2017, soit 5 ans pour construire deux EPR alors que les EPR finlandais et français ont déjà respectivement 4 et 2 ans de retard, soit une durée de construction minimale de 7 ans pour un réacteur.
Une centrale nucléaire dans une zone à risque sismique
La région de Jaitapur est traversée par trois failles tectoniques.
Au cours des 20 dernières années, de nombreux tremblements de terre ont été recensés dans cette zone. Le plus violent, enregistré en 1967 à une centaine de kilomètres de Jaïtapur, affichait une magnitude de 6,5 sur l'échelle de Richter. Entre 1990 et 2000 une séisme d'une magnitude supérieure à 6 sur l'échelle de Richter et deux supérieurs à 5 ont été mesurés dans la région de Jaitapur.
Sur l'échelle de risque indienne, la zone de Jaïtapur est classée à l'échelon 4 sur 5 avec des séismes pouvant atteindre une magnitude de 7 sur l'échelle de Richter. Jamais une centrale nucléaire n'a encore été exposée à une telle magnitude. Voir la carte des zones sismiques indiennes.
Un niveau de sûreté très inférieur à celui exigé en France
Une absence totale d'indépendance du régulateur
Pour permettre un contrôle réel des activités nucléaires, la France a modifié en 2006 le statut de l'Autorité de sûreté nucléaire pour en faire une Autorité Administrative Indépendante (AAI). Aujourd'hui l'ASN revendique cette indépendance comme la garantie majeure d'un contrôle efficace des activités nucléaires. L'autorité de contrôle indienne (AERB) n'est pour sa part pas indépendante des instances chargées de la promotion du nucléaire en Inde. Au sein même du collège dirigeant d'AERB, 2 des 6 commissaires travaillent pour NPCIL. Cette indépendance de l'organe régulateur est rendue obligatoire par les règles internationales (Convention de l'AIEA sur la sûreté nucléaire de 1994 ratifiée par l'Inde) ainsi que par les règles européennes (EU directive 2009/71)
De nombreux incidents liés au nucléaire chaque année en Inde
L'absence d'un organe de contrôle pleinement indépendant a des conséquences directes sur la qualité de la sûreté. En Inde, l'exposition aux radiations des salariés du nucléaire est 10 fois supérieure à la moyenne mondiale. Plus de 1700 salariés et scientifiques sont morts de maladies liées à une exposition aux radiations entre janvier 1995 et mars 2010. Cette réalité est toujours d'actualité, le 24 novembre 2009, une cinquantaine de travailleurs sur la centrale de Kaiga ont été hospitalisés après avoir été exposés à une dose extrêmement forte de radioactivité. En avril dernier 7 personnes ont été hospitalisées et une personne a trouvé la mort suite à une exposition à de hautes doses de radioactivité sur un marché de recyclage des métaux à proximité de New Delhi.
Une autorité de contrôle incapable de surveiller un chantier de la taille de l'EPR
AERB compte 215 agents pour contrôler 5 chantiers de réacteurs nucléaires de technologie différente, 19 réacteurs en fonctionnement et 2409 installations nucléaires. A titre de comparaison, le régulateur finlandais emploie 70 personnes à temps plein pour travailler uniquement sur l'EPR. L'absence d'un contrôle indépendant de la sûreté est un point crucial tant au niveau de la construction du réacteur, (en 1994 le toit du réacteur nucléaire Kaiga 1 s'est effondré à quelques mois de la fin des travaux) mais aussi au cours de l'exploitation de la centrale, d'autant plus dans une zone sismique où les tremblements de terre peuvent affecter durablement les réacteurs. Au Japon une centrale a été endommagée par un séisme de magnitude 6,4, il a fallu arrêter la centrale pendant presque deux ans.
Une étude d'impact environnementale biaisée
La construction de 2 EPR à Jaïtapur affectera non seulement la vie de quelques 10 000 villageois propriétaires des terrains mais aussi des milliers de pêcheurs. La centrale sera située dans une région qualifiée de haute qualité biologique par le gouvernement indien où normalement la construction de centrales est interdite. L'étude d'impact environnementale renseigne un risque sismique erroné (zone 3) et ne prend pas en compte les impacts des rejets qui vont modifier les écosystèmes.
Des protestations réprimées
Alors que les villageois ont refusé les compensations financières versées pour le rachat forcé de leurs terres, les autorités publiques ont réprimé les manifestations contre le projet de Jaïtapur. Environ 3000 personnes se sont faites enfermées volontairement.